«
Avec Color Grade et ses partenaires du Pôle, une production vient avec ses rushes de tournage et repart avec son DCP sous le bras », résume Rodney Musso. C’est ainsi qu’à ce jour, Le Pôle est devenu le plus grand centre de production cinéma existant en Suisse. Et si de nombreux films traités chez Color Grade restent portés par des réalisateurs suisses, le laboratoire a su s’imposer sur le marché des coproductions européennes : les projets traités à Genève associent régulièrement des partenaires français, belges, allemands, italiens ou luxembourgeois. «
Notre travail est présenté à Cannes, à Venise, et depuis peu aux Oscars », s’amuse à dire le cofondateur du laboratoire.
Étalonnage cinéma

Depuis les débuts de Color Grade, les deux fondateurs ont investi dans des infrastructures techniques particulièrement haut de gamme. «
Nous possédons deux salles d’étalonnage équipées de projecteurs Barco Laser DLP Cinema DCI-P3 pour la référence cinéma. En 2K pour la salle de 30 m² avec un écran de 4 mètres de base au ratio 1.9, et en 4K pour celle de 100 m² avec un écran de 8 mètres, toujours en 1.9 », précise Rodney Musso. Dans
d’entre elles, si la colorimétrie est bien sûr celle retrouvée en salle, le son a particulièrement été soigné afin de reproduire, en 7.1 via un monitoring JBL, le mix calibré réalisé dans le studio son. La plus grande salle propose par ailleurs le confort d’une véritable salle de projection pour accueillir le réalisateur et le chef opérateur, ainsi qu’une trentaine de personnes lors des premières techniques.
Étalonnage toujours, longtemps fidèle à Lustre, Rodney Musso a finalement basculé vers DaVinci Resolve en 2020. Un choix qu’il assume pleinement aujourd’hui. «
Resolve n’a plus rien à envier à la concurrence », estime-t-il, saluant à la fois la qualité de sa «
color science », ses outils de tracking, l’ergonomie de son Advanced Panel et la puissance de la communauté internationale Resolve, qui sait toujours répondre aux écueils rencontrés.
Restauration & patrimoine cinématographique

Outre son offre d’étalonnage, de montage et de mastering, Color Grade propose des travaux de restauration et de numérisation du patrimoine cinématographique. Son principal partenaire dans ce domaine est la
Cinémathèque suisse, basée à
Lausanne et à Penthaz. Une activité qui représente désormais près d’un tiers de son chiffre d’affaires. En quelques années, le nombre de films restaurés ou numérisés «
est passé de quelques unités annuelles à une quinzaine de projets par an, précise Jean-Baptiste Perrin qui supervise l’activité restauration
(à droite sur la photo aux côtés de Rodney Musso, ndlr). » Pour cela, Color Grade s’appuie sur deux scanners : un Arriscan et un récent Cintel G3 destiné aux workflows documentaires et aux archives plus légères. Mais pour renforcer leur offre, les deux associés songent fermement à l’acquisition d’un scanner Lasergraphics Director, qui leur permettra de répondre aux futurs programmes massifs de numérisation envisagés par la Cinémathèque suisse. «
Mais pas seulement, tempère Rodney Musso.
Il s’agit aussi d’investir pour l’avenir dans des matériels dont la maintenance est à la fois irréprochable et aux coûts sans surprise.»
« Côté restauration numérique, nous travaillons avec la suite Diamant de HS-Art, précise Jean-Baptiste Perrin,
l’une des références du secteur, aux côtés de DRS Nova de MTI Film, pour le nettoyage, la stabilisation et la correction des images. » Et Transkoder pour la fabrication des masters. «
En matière de restauration, l’expérience acquise à l’époque de la pellicule reste précieuse. Quand on a connu le cinéma argentique, on garde une compréhension très physique de l’image », explique-t-il. Et pour mener à bien tous ces travaux, le laboratoire s’appuie sur une infrastructure SAN Tiger de 780 To qui permet un travail collaboratif en temps réel entre les différentes salles de postproduction.
Incentive suisse
Au-delà de ses équipements, Color Grade bénéficie aussi d’un contexte particulièrement favorable à Genève pour attirer les projets étrangers. Avec la création, en août 2025, de la
Geneva Film Commission, le canton a récemment mis en place un système d’incentive qui prendra effet au 1er septembre 2026 sous la forme d’un « cash rebate » permettant aux productions de récupérer jusqu’à 30 % de leurs dépenses de postproduction réalisées localement à partir de 100 000 CHF (environ 109 000 €), voire 35 % en cas de tournage sur place, avec un plafonnement à 500 000 CHF. Une dynamique qui pourrait encore s’accélérer dans les prochaines années avec un projet de studios de tournage actuellement en préparation dans le canton de Genève. Inspiré de modèles comme la Cité du Cinéma en France, le complexe prévoirait plusieurs plateaux et infrastructures de production capables d’attirer des tournages européens de grande ampleur.
Pour Rodney Musso, cette évolution confirme une conviction : la Suisse rivalise désormais avec les grands centres européens de postproduction. Mais au-delà des machines et des technologies, il rappelle que le métier reste avant tout une affaire de passion et de regard : «
on peut apprendre à manipuler une machine rapidement. Mais former l’œil, comprendre la narration d’un film et accompagner son émotion, cela demande des années d’expérience. »